Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

COMPETITION OFFICIELLE - Page 17

  • " Another year "de Mike Leigh - Compétition officielle du Festival de Cannes 2010

    another2.jpg
    © Moonfleet
    another1.jpg
    © Moonfleet
    another3.jpg
    © Moonfleet

    Je poursuis ma présentation détaillée des films en compétition officielle de ce Festival de Cannes 2010 avec un réalisateur que j'apprécie tout particulièrement (davantage d'ailleurs pour "All or nothing" que pour "Secrets et mensonges", la palme d'or du Festival de Cannes 1996): Mike Leigh donc, de retour en compétition cette année avec "Another year ".

     Ce sera donc le quatrième film de Mike Leigh en compétition, à Cannes, depuis 1993. 

     Difficile de trouver des informations sur ce film dont je sais seulement que le casting sera composé de :Imelda Staunton, Peter Wight, Michele Austin, David Bradley, Jim Broadbent, Phil Davis, Karina Fernandez, Oliver Maltman, Lesley Manville, Stuart McQuarrie, Martin Savage, Ruth Sheen...

    Synopsis: Printemps, été, automne et hiver. La famille et l'amitié. Amour et réconfort. Joie et peine. Espoir et découragement. La fraternité. La solitude. Une naissance. Une mort. Le temps passe...

    Films déjà présentés à Cannes par Mike Leigh:

    2002 - ALL OR NOTHING - En Compétition Scénario & Dialogues, Réalisation

    1996 - SECRETS AND LIES (SECRETS ET MENSONGES) - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues

    1993 - NAKED - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues

    Le Palmarès de Mike Leigh à Cannes:

    1996 - Palme d'Or - SECRETS AND LIES (SECRETS ET MENSONGES) - Long métrage

    1993 - Prix de la mise en scène - NAKED - Long métrage

    Membre du Jury à Cannes:

    1997 - Sélection officielle - Membre

    Filmographie de Mike Leigh:

    Longs métrages

    1971 : Bleak moments

    1988 : High Hopes

    1991 : Life Is Sweet

    1993 : Naked

    1996 : Secrets et mensonges (Secrets and Lies)

    1997 : Deux filles d'aujourd'hui (Career Girls)

    1999 : Topsy-Turvy

    2002 : All or Nothing

    2004 : Vera Drake

    2008 : Be Happy

    2010 : Another Year

     Courts métrages

    1975 : Five minutes Films

    1975 : The Permissive Society

    1976 : Knock for Knock

    1987 : The Short and Curlies

    1995 : A Sense of History

     

    Catégories : COMPETITION OFFICIELLE Lien permanent 0 commentaire Pin it! Imprimer
  • "Biutiful" d’Alejandro Gonzales Inarritu- Compétition officielle du Festival de Cannes 2010

    biutiful.jpg

    Après avoir détaillé le film de Woody Allen (hors compétition) et les trois films français de cette compétition cannoise 2010 venons-en maintenant à un film que j'attends avec beaucoup d'impatience et que je suivrai avec beaucoup d'attention, la précédente sélection cannoise de son réalisateur (pour "Babel") ayant  donné lieu pour moi à l'un des plus grands chocs cinématographiques du Festival, en 2006. Il avait alors obtenu le prix de la mise en scène.

    Synopsis de "Biutiful": Uxbal (Javier Bardem), un homme solitaire, jongle entre la difficulté d'un quotidien en marge de la société et sa détermination à protéger ses enfants, qui devront apprendre à voler de leurs propres ailes

    Casting: Javier Bardem, Martina Garcia,Ruben Ochandiano,  Blanca Portillo, Manolo Solo, Eduard Fernandez , Karra Elejalde, Ana Wagener, Tomás del Estal, Violeta Pérez...

    Date de sortie: 25 août 2010

    Premier des films d'Alejandro Gonzales Inarritu écrit sans  Guillermo Arriaga, scénariste de ses célèbres films choraux, "Biutiful" n'en est pas moins attendu notamment parce que Javier Bardem, lui aussi habitué de la Croisette ( Mmebre du jury d'Emir Kusturica en 2005, en compétition avec "No country for old men" en 2007 et hors compétition pour "Vicky Cristina Barcelona" de Woody Allen l'an passé) en incarne  le rôle principal.

    Films déjà  présentés à Cannes par Alejandroi Gonzales Inarritu:

    2007 - CHACUN SON CINÉMA - Hors Compétition Réalisation

    2006 - BABEL - En Compétition Réalisation

    2000 - AMORES PERROS (AMOURS CHIENNES) - Section parallèle Réalisation

    Le Palmarès d'Alejandro Gonzales Inarritu à Cannes:

    2006 - Prix de la mise en scène - BABEL - Long métrage

    Filmographie d'Alejandro Gonzales Inarritu

    Courts métrages :

    1996 : El Timbre

    2001 : The Hire: Powder Keg (court-métrage)

    2002 : Un court-métrage dans 11'09"01 - September 11 (film collectif)

    2007 : Un court-métrage intitulé Anna dans Chacun son cinéma (film collectif pour le 60e anniversaire du Festival de Cannes)

     Longs métrages :

    En tant que réalisateur :

    2000 : Amours chiennes (Amores perros)

    2003 : 21 grammes (21 Grams)

    2006 : Babel

    2009 : Biutiful

     En tant que producteur :

    2002 : 21 grammes de lui-même

    2002 : 11'09"01 - September 11 (segment Mexique)

    2004 : Nine Lives de Rodrigo Garcia

    2006 : Babel de lui-même

    2008 : Rudo y Cursi

    2009 : Untitled Alfonso Cuarón Project

    2010 : Mother and Child

    2010 : Biutiful

     En tant que scénariste et monteur

    2001 : The Hire: Powder Keg (court-métrage)

    Bonus: critique de "Babel" d'Alejandro Gonzales Inarritu (prix de la mise en scène du Festival de Cannes 2006)

    medium_18680421.jpg

    En plein désert marocain, des enfants jouent avec un fusil que leur père vient d’acheter. Un coup de feu retentit et blesse une touriste américaine dans un bus qui passait sur la route, en contrebas. Les destins de cette femme (Cate Blanchett) et de son mari (Brad Pitt) dont le couple battait de l’aile, les destins des deux enfants responsables du coup de feu, le destin de la nourrice mexicaine des enfants du couple d’Américains, le destin d’une jeune Japonaise, en l’occurrence la fille de l’homme qui a donné le fusil à un Marocain qui l’a revendu au père des deux enfants : ces destins vont tous avoir une influence les uns sur les autres, des destins socialement et géographiquement si éloignés, mais si proches dans l’isolement et dans la douleur.

    Rares sont les films que je retourne voir, mais pour Babel vu au Festival de Cannes 2006 où il a obtenu le prix de la mise en scène et celui du jury œcuménique, c’était une vraie nécessité parce que Babel c’est plus qu’un film : une expérience.  Ce film choral qui clôt le triptyque du cinéaste après Amours chiennes et 21 grammes fait partie de ces films après lesquels toute parole devient inutile et impossible, de ces films qui expriment tant dans un silence, dans un geste, qu’aucune parole ne pourrait mieux les résumer. De ces films qui vous hypnotisent et vous réveillent. De ces films qui vous aveuglent et vous éclairent. Donc le même choc, la même claque, le même bouleversement, quelques mois après, l’effervescence, la déraison et les excès cannois en moins. Malgré cela.

    Si la construction n’avait été qu’un vain exercice de style, qu’un prétexte à une démonstration stylistique ostentatoire, l’exercice  aurait été alors particulièrement agaçant mais son intérêt provient justement du fait que cette construction ciselée illustre le propos du cinéaste, qu’elle traduit les vies fragmentées, l’incommunicabilité universelle.

    Le montage ne cherche pas à surprendre mais à appuyer le propos, à refléter un monde chaotique, brusque et impatient, des vies désorientées, des destins morcelés. En résulte un film riche, puissant où le spectateur est tenu en haleine du début à la fin, retenant son souffle, un souffle coupé par le basculement probable, soudain, du sublime dans la violence. Du sublime d’une danse à la violence d’un coup de feu. Du sublime d’une main sur une autre, de la blancheur d’un visage à la violence d’une balle perdue et d’une blessure rouge sang. Du sublime  du silence et du calme à la violence du basculement dans le bruit, dans la fureur, dans la déraison.

    medium_P80601087315038.jpgUn film qui nous emmène sur trois continents sans jamais que notre attention ne soit relâchée, qui nous confronte à l’égoïsme, à notre égoïsme, qui nous jette notre aveuglement et notre surdité en pleine figure, ces figures et ces visages qu’il scrute et sublime d’ailleurs, qui nous jette notre indolence en pleine figure, aussi. Un instantané troublant et désorientant de notre époque troublée et désorientée.  La scène de la discothèque est ainsi une des plus significatives, qui participe de cette expérience. La jeune Japonaise sourde et muette est aveuglée. Elle noie son désarroi dans ces lumières scintillantes, fascinantes et angoissantes.  Des lumières aveuglantes: le paradoxe du monde, encore. Lumières qui nous englobent. Soudain aveuglés et sourds au monde qui nous entoure nous aussi.

    Le point de départ du film est donc le retentissement d'un coup de feu au Maroc, coup de feu déclenchant une série d'évènements qui ont des conséquences désastreuses ou salvatrices, selon les protagonistes impliqués. Peu à peu le puzzle se reconstitue brillamment, certaines vies se reconstruisent, d’autres sont détruites à jamais.

    Jamais il n’a été aussi matériellement facile de communiquer. Jamais la communication n’a été aussi compliquée, Jamais nous n’avons reçu autant d’informations et avons si mal su les décrypter. Jamais un film ne l’a aussi bien traduit. Chaque minute du film illustre cette incompréhension, parfois par un simple arrière plan, par une simple image qui se glisse dans une autre, par un regard qui répond à un autre, par une danse qui en rappelle une autre, du Japon au Mexique, l’une éloignant et l’autre rapprochant.

    Virtuosité des raccords aussi : un silence de la Japonaise muette qui répond à un cri de douleur de l’américaine, un ballon de volley qui rappelle une balle de fusil. Un monde qui se fait écho, qui crie, qui vocifère sa peur et sa violence et sa fébrilité, qui appelle à l’aide et qui ne s’entend pas comme la Japonaise n’entend plus, comme nous n’entendons plus à force que notre écoute soit tellement sollicitée, comme nous ne voyons plus à force que tant d’images nous soit transmises, sur un mode analogue, alors qu’elles sont si différentes. Des douleurs, des sons, des solitudes qui se font écho, d’un continent à l’autre, d’une vie à l’autre. Et les cordes de cette guitare qui résonnent comme un cri de douleur et de solitude. 

     Véritable film gigogne, Babel nous montre un monde paranoïaque,  paradoxalement plus ouvert sur l’extérieur fictivement si accessible et finalement plus égocentrique que jamais,  monde paradoxalement mondialisé et individualiste. Le montage traduit magistralement cette angoisse, ces tremblements convulsifs d’un monde qui étouffe et balbutie, qui n’a jamais eu autant de moyens de s’exprimer et pour qui les mots deviennent vains. D’ailleurs chaque histoire s’achève par des gestes, des corps enlacés, touchés, touchés enfin. Touchés comme nous le sommes. Les mots n’ont plus aucun sens, les mots de ces langues différentes. Selon la Bible, Babel fut  ainsi une célèbre tour construite par une humanité unie pour atteindre le paradis. Cette entreprise provoqua la colère de Dieu, qui pour les séparer, fit parler à chacun des hommes impliqués une langue différente, mettant ainsi fin au projet et répandant sur la Terre un peuple désorienté et incapable de communiquer.

    medium_P80601161052655.jpgC’est aussi un film de contrastes. Contrastes entre douleur et grâce, ou plutôt la grâce puis si subitement la douleur, puis la grâce à nouveau, parfois. Un coup de feu retentit et tout bascule. Le coup de feu du début ou celui en pleine liesse du mariage.  Grâce si éphémère, si fragile, comme celle de l’innocence de ces enfants qu’ils soient japonais, américains, marocains, ou mexicains. Contrastes entre le rouge des vêtements de la femme mexicaine et les couleurs ocres du désert. Contrastes entres les lignes verticales de Tokyo et l’horizontalité du désert. Contrastes entre un jeu d’enfants et ses conséquences dramatiques. Contraste entre le corps dénudé et la ville habillée de lumière. Contraste entre le désert et la ville.   Contrastes de la solitude dans le désert et de la foule de Tokyo. Contrastes de la foule et de la solitude dans la foule. Contrastes entre « toutes les télévisions [qui] en parlent » et ces cris qui s’évanouissent dans le désert.  Contrastes d’un côté et de l’autre de la frontière.  Contrastes d’un monde qui s’ouvre à la communication et se ferme à l’autre. Contrastes d’un monde surinformé mais incompréhensible, contrastes d’un monde qui voit sans regarder, qui interprète sans savoir ou comment, par le prisme du regard d’un monde apeuré, un jeu d’enfants devient l’acte terroriste de fondamentalistes ou comment ils estiment savoir de là-bas ce qu’ils ne comprennent pas ici.

    medium_P80601693016905.jpgMais toutes ces  dissociations et ces contrastes ne sont finalement là que pour mieux rapprocher.   Contrastes de ces hommes qui parlent des langues différentes mais se comprennent d’un geste, d’une photo échangée (même si un billet méprisant, méprisable les séparera, à nouveau). Contrastes de ces êtres soudainement plongés dans la solitude qui leur permet finalement de se retrouver. Mais surtout, surtout, malgré les langues : la même violence, la même solitude, la même incommunicabilité, la même fébrilité, le même rouge et la même blancheur, la même magnificence et menace de la nuit au-dessus des villes, la même innocence meurtrie, le même sentiment d’oppression dans la foule et dans le désert. 

     Loin d’être une démonstration stylistique, malgré sa virtuosité scénaristique et de mise en scène Babel est donc un édifice magistral tout entier au service d’un propos qui parvient à nous transmettre l’émotion que ses personnages réapprennent.  Notons que malgré la pluralité de lieux, de langues, d'acteurs (professionnels mais souvent aussi non professionnels), par le talent de son metteur en scène, Babel ne perd jamais sa cohérence qui surgit, flagrante, bouleversante, évidente, au dénouement.

    La mise en scène est volontairement déstructurée pour refléter ce monde qu'il met en scène, un monde qui s'égare, medium_P80601398560603.jpget qui, au moindre geste , à la moindre seconde, au moindre soupçon, peut basculer dans la violence irraisonnée, un monde qui n'a jamais communiqué aussi vite et mal, un monde que l'on prend en pleine face, fascinés et horrifiés à la fois, un monde brillamment ausculté, décrit,  par des cris et des silences aussi ; un monde qui nous aveugle, nous assourdit, un monde de différences si semblables, un monde d’après 11 septembre. 

     Babel est un film douloureux et clairvoyant, intense, empreint de la fébrilité du monde qu’il parcourt et dépeint de sa lumière blafarde puis rougeoyante puis nocturne. Un film magnifique et éprouvant dont la mise en scène vertigineuse nous emporte dans sa frénésie d’images, de sons, de violences, de jugements hâtifs, et nous laisse avec ses silences, dans le silence d’un monde si bruyant. Le silence après le bruit, malgré le bruit, le silence de l’harmonie retrouvée, l’harmonie éphémère car il suffirait qu’un coup de feu retentisse pour que tout bascule, à nouveau. La beauté et la douleur pareillement indicibles. Babel, tour de beauté et de douleur. Le silence avant les applaudissements, retentissants, mérités. Si le propre de l’Art c’est de refléter son époque et de l’éclairer, aussi sombre soit-elle, alors Babel est un chef d’œuvre. Une expérience dont on ne peut ressortir indemne ! Mais silencieux, forcément.

    Catégories : COMPETITION OFFICIELLE Lien permanent 0 commentaire Pin it! Imprimer
  • "Tournée" de Mathieu Amalric - Compétition officielle - Festival de Cannes 2010

    tournée.jpg
    © Le Pacte

    tournee.jpgJe termine ma série de trois articles consacrés aux films français de la compétition officielle 2010. J'évoquerai ultérieurement ceux de la sélection "Un Certain Regard". Après Bertrand Tavernier et sa "Princesse de Montpensier", Xavier Beauvois et "Des hommes et des dieux", c'est donc au tour de Mathieu Amalric pour "Tournée".

    Quatrième film de Mathieu Amalric (après "Mange ta soupe" en 1997, "Le stade de Wimbledon" en 2002, "La chose publique"en 2003), "Tournée" est son premier film à figurer en compétition à Cannes même si son troisième film en tant que réalisateur "La chose publique" avait été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs et même si, en tant qu'acteur, il a fréquemment monté les marches, notamment en 2007 pour "Le Scaphandre et le papillon" ou encore l'an passé pour "Les herbes folles".

    Synopsis:  Un ex-producteur de spectacles fait son come-back avec une troupe de filles du New Burlesque : du strip-tease haut en couleurs sur les routes de France !

    Sortie en salles: le 30 juin 2010

    Lieux de tournage: Nantes, La Rochelle, Rochefort, Oléron, Paris

    Avec: Mathieu Amalric, Mimi Le Meaux, Kitten On The Days, Dirty Martini...

    C'est lors d'un casting aux Etats-Unis que Mathieu Amalric a recruté ses actrices pour cette comédie. Le producteur devait être interprété par le producteur Paulo Branco avant que Mathieu Amalric se décide à endosser lui-même le rôle.

    Remarques: Un film qui, sur le papier, n'a rien des "standards" d'une palme d'or mais qui, par son originalité et sa fantaisie, pourrait plaire à une personnalité comme Tim Burton, président du jury 2010. Qui sait? Avec son sujet décalé, ce road movie d'un (petit) budget de 4 millions d'euros pourrait bien créer la surprise...

    Films déjà présentés à Cannes par Mathieu Amalric:

    • 2009 - LES HERBES FOLLES - En Compétition Interprète
    • 2008 - UN CONTE DE NOËL - En Compétition Interprète
    • 2007 - ACTRICES (ACTRICES (LE RÊVE DE LA NUIT D'AVANT)° - Un Certain Regard Interprète
    • 2007 - LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON- En Compétition Interprète
    • 2006 - UN LEVER DE RIDEAU - Hors Compétition Interprète
    • 2006 - QUAND J'ÉTAIS CHANTEUR - En Compétition Interprète
    • 2006 - LES SIGNES - Hors Compétition Interprète
    • 2001 - AMOUR D'ENFANCE - Un Certain Regard Interprète
    • 1998 - L'INTERVIEW - En Compétition Interprète
    • 1996 - COMMENT JE ME SUIS DISPUTÉ...(MA VIE SEXUELLE) - En Compétition Interprète

    Filmographie

    En tant qu'acteur:

    1984 : Les Favoris de la lune d'Otar Iosseliani - Julien

    1992 : La Chasse aux papillons d'Otar Iosseliani

    1992 : La Sentinelle d'Arnaud Desplechin

    1993 : Lettre pour L... de Romain Goupil

    1995 : Le Journal du séducteur de Danièle Dubroux - Sébastien

    1995 : Tom est tout seul de Fabien Onteniente - Un copain de Tom

    1996 : Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) d’Arnaud Desplechin - Paul Dédalus

    1996 : Généalogies d’un crime de Raoul Ruiz - Yves

    1998 : On a très peu d’amis de Sylvain Monod - Ivan

    1998 : Dieu seul me voit (Versailles-Chantiers) de Bruno Podalydès - Atchoum

    1998 : Alice et Martin d'André Téchiné - Sauvagnac

    1998 : Fin août, début septembre d'Olivier Assayas - Gabriel

    1999 : Trois Ponts sur la rivière de Jean-Claude Biette - Arthur Echéant

    1999 : Adieu, plancher des vaches ! d'Otar Iosseliani - un client au bar

    1999 : La Fausse Suivante de Benoît Jacquot - Lélio

    2000 : L'Affaire Marcorelle de Serge Le Péron - Fourcade

    2000 : La Brèche de Roland (moyen-métrage) d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu - Roland

    2001 : Léaud l'unique (TV) de Serge Le Péron - lui-même

    2001 : Zaide, un petit air de vengeance (TV) de Josée Dayan - Luigi Scarofolo

    2001 : Amour d'enfance d'Yves Caumon - Paul

    2002 : Lundi Matin d'Otar Iosseliani - Voix de Nicolas

    2002 : Les Naufragés de la D17 de Luc Moullet - l'astrophysicien

    2002 : Lulu de Jean-Henri Roger - l'avocat

    2002 : C'est le bouquet de Jeanne Labrune - Stéphane

    2003 : Un homme, un vrai d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu - Boris

    2003 : Mes enfants ne sont pas comme les autres de Denis Dercourt - Gérald

    2004 : Inquiétudes de Gilles Bourdos - le professeur d'arts plastiques

    2004 : Le Pont des Arts d'Eugène Green - un spectateur du Nô

    2004 : Rois et Reine d’Arnaud Desplechin - Ismaël

    2005 : La Moustache d'Emmanuel Carrère - Serge

    2005 : Au large de François-Christophe Marzal

    2005 : J'ai vu tuer Ben Barka de Serge Le Péron - Philippe Bernier

    2005 : Munich de Steven Spielberg - Louis

    2005 : Marie Antoinette de Sofia Coppola - l’homme au bal masqué

    2005 : Michou d'Auber de Thomas Gilou - Jacques

    2006 : Quand j'étais chanteur de Xavier Giannoli - Bruno

    2006 : Fragments sur la grâce de Vincent Dieutre - un lecteur

    2006 : La Question humaine de Nicolas Klotz - Simon

    2006 : Le Grand Appartement de Pascal Thomas - Martin

    2006 : Le Scaphandre et le Papillon de Julian Schnabel - Jean-Dominique Bauby

    2007 : Actrices de Valeria Bruni Tedeschi

    2007 : L'Histoire de Richard O. de Damien Odoul – Richard O.

    2007 : Un secret de Claude Miller - François adulte

    2007 : Un conte de Noël d'Arnaud Desplechin - Henri

    2008 : De la guerre de Bertrand Bonello - Bertrand

    2008 : Quantum of Solace de Marc Forster - Dominic Greene

    2008 : L'Ennemi public n° 1 de Jean-François Richet - François Besse

    2009 : Visage de Tsai Ming-liang - L'homme du fourré

    2009 : Bancs publics (Versailles Rive-Droite) de Bruno Podalydès - Le père au landau

    2009 : Les Derniers Jours du monde d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu - Robinson

    2009 : Les Herbes folles d'Alain Resnais - Bernard de Bordeaux

    2010 : Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec de Luc Besson

    2010 : Tournée de Mathieu Amalric

    En tant que réalisateur:

    1985 : Marre de café, court-métrage.

    1986 : La Seule différence c’est que les cafés sont plus chers, court-métrage.

    1991 : Sans rire, court-métrage.

    1993 : Les Yeux au plafond, court-métrage.

    1997 : Mange ta soupe

    2001 : Le Stade de Wimbledon

    2002 : Tu vois loin, vidéo-clip pour le groupe Eiffel.

    2003 : La Chose publique

    2010 : Tournée

    Mathieu Amalric évoque "Tournée" sur Allociné:

    Bonus: La critique du "Scaphandre et le Papillon" présenté en compétition du 60ème Festival de Cannes et dans lequel Mathieu Amalric interprétait le rôle principal. Le film avait alors reçu le prix de la mise en scène

    "Le Scaphandre et le Papillon" de Julian Schnabel

    En décembre 1995, un accident vasculaire brutal a plongé Jean-Dominique Bauby, rédacteur en chef du magazine  Elle et père de deux enfants, dans un coma profond. Quand il en sortit, toutes ses fonctions motrices étaient détériorées. Atteint de ce que la médecine appelle le «  locked-in syndrome » -littéralement : enfermé à l’intérieur de lui-même-, il ne pouvait plus parler, bouger, ni même respirer sans assistance. Dans ce corps inerte, seul un cil bouge. Ce cil devient son lien avec le monde, avec les autres, avec la vie. Il cligne une fois pour dire oui, deux fois pour dire non. Avec son cil, il arrête l’attention de son visiteur sur les lettres de l’alphabet qu’on lui dicte et forme des mots, des phrases, des pages entières… Avec son cil, il écrit ce livre, le Scaphandre et le papillon, dont chaque matin pendant des semaines il a mémorisé les phrases avant de les dicter…

    b31884d1b43472f6bcca206124b45095.jpgAvec un tel sujet, on pouvait redouter le pire : le pathos et le mélodrame outrancier, la performance ostentatoire et ridicule d’un acteur dans un rôle de composition-à-oscar-césar-prix d’interprétation. C’est donc avec quelques réticences que je suis allée à la projection de ce film présenté en compétition officielle du 60ème Festival de Cannes. Devant le palais des festivals, la valse poétique et multicolore d’un lâcher de papillons gigantesques et somptueux a précédé la projection dans le grand Théâtre Lumière.

     Puis, l’obscurité, le générique…et nous nous retrouvons avec Jean-Dominique Bauby enserrés dans son scaphandre qu’est son corps inerte, puisque la première moitié du film est entièrement filmée en caméra subjective. Dès les premiers plans, nous épousons son regard flou et précis, incisif même, guidés par la voix off de Mathieu Amalric. Véritable métaphore du cinéma, son regard est sa fenêtre sur le monde, sa caméra. Immobile comme l’est le spectateur sur son fauteuil, il s’évade et papillonne par la mémoire et par l’imagination, de son corps et de l’hôpital maritime de Berck où il est soigné, comme le spectateur s’évade de la salle de cinéma par les images projetées sur l’écran. L’identification est donc immédiate, d’autant plus qu’il porte un regard lucide et non moins ironique sur sa situation, sans jamais s’apitoyer sur son sort.

    Auparavant aveugle et sourd à la beauté du monde, il n’a jamais aussi bien vu que d’un seul œil. Vu et ressenti. C’est en effet un film sens-uel et sens-ationnel : tout ce que Jean-Dominique Bauby  ne peut saisir, son regard s’en empare avec gourmandise, rattrapant au vol les moments de bonheur qu’il a auparavant laissés s’envoler. Ce film nous saisit, nous enlace, nous enserre, délicieux enserrement celui-là, nous arrache à sa réalité et à la nôtre, celle de spectateur, pour ne plus nous lâcher. Enserrés nous aussi, dans son regard virevoltant, qui nous fait éprouver et savourer la liberté comme rarement un film y est parvenu. Par ce qu’il voit : le vent qui s’engouffre dans une chevelure, ou par son regard qui glisse sur une peau nue qui se laisse entrevoir. Par ce dont il se souvient : son dernier voyage, en décapotable, et le frémissement des arbres au-dessus de sa tête. Par le souvenir de ses gestes précipités mais précis, lorsqu’il rasait son père, lui aussi prisonnier, alors qu’il était encore libre d’agir, alors qu’il (en) était inconscient, si pressé, trop pressé.  Par ce qu’il imagine surtout, il s’évade de son scaphandre par la puissance de son imagination débridée : il peut alors tout vivre comme même faire un dîner pantagruélique avec la jeune femme qui prend son livre en notes (Anne Consigny, décidément remarquable, à noter qu’elle retrouve ici son partenaire de Je ne suis pas là pour être aimé, Patrick Chesnais, également remarquable en médecin cassant qui suscite des répliques cinglantes de Jean-Dominique Bauby) à laquelle il n’est pas insensible, il peut aussi voir des glaciers s’effondrer puis se reconstruire. Son monde s’effondrer et le reconstruire. Parce que si son corps n’existe plus, par la pensée, il est tour à tour : séduisant, en colère, ironique voire cynique, cruel parfois mais en tout cas VIVANT. Si le scaphandre l’empêche de se mouvoir, le papillon peut l’emmener partout, là où même il n’osait aller quand il était « aveugle et sourd », avant.

    Le scaphandre et le papillon est un vibrant hymne à la vie, à la liberté, à la création surtout. L’art devient pour lui libérateur et même salvateur. Hommage à l’art, à tous les arts : à la peinture (Julian Schnabel est peintre), à l’écriture, au cinéma, à la musique aussi. Les lettres épelées mélodieusement par les différents visiteurs ne sont jamais lassantes et constituent autant de partitions différentes qui nous tiennent en haleine. Le spectateur est alors suspendu aux lèvres de celui ou celle qui parle et qui chante les lettres, à la voix vibrante de vie de Mathieu Amalric.

    A la place d’un livre sur la vengeance au féminin, une sorte de Monte-Christo au féminin qu’il projetait d’écrire avant son accident, Jean-Dominique Bauby va donc écrire sa vie. Celle d’une mort, d’un corps emprisonné à jamais. D’une renaissance aussi, celle de son esprit, si libre et alerte. Sans aucun sentiment de revanche et de vengeance. Seulement contre son orgueil et son aveuglément peut-être.

    Marie-Josée Croze, Anne Consigny, Emmanuelle Seigner toutes formidablement dirigées sont autant de preuves de  l’existence de cet esprit qui ne cesse pas de penser et séduire.  Malgré tout. A cause de cela justement.

    Julian Schnabel parvient à signer un film résolument optimiste sur une histoire tragique. Tout juste peut-on regretter deux plans trop appuyés, l’un sur son père en larmes, et un dernier plan trop appuyé sur son infirmité physique… ce bouleversant tourbillon de vie emporte néanmoins ces deux plans regrettables sur son passage dévastateur et bouleversant.

    Le scaphandre et le papillon est une déclaration d’amour poignante et ironique, lucide et poétique. A la vie. A l’art. A la mer dont parfois on oublie de savourer la beauté de ses changeants reflets d’argent. Une œuvre d’arts.

    Quelques jours après cette projection, je  retrouvais encore des papillons égarés, affolés, éblouis par les lumières impitoyablement et imperturbablement aveuglantes, agglutinés aux vitrines de la Croisette. La frontière est décidément si fragile entre le sublime et la laideur, entre un papillon et un scaphandre... Ce film nous le rappelle magnifiquement, justifiant ainsi amplement son prix de la mise en scène du 60ème Festival de Cannes.

    Catégories : COMPETITION OFFICIELLE Lien permanent 0 commentaire Pin it! Imprimer
  • "Des hommes et des dieux " de Xavier Beauvois - compétition officielle 2010

    beauvois.jpg

    Je poursuis aujourd'hui ma présentation des films français en compétition du Festival de Cannes 2010 avec, après "La Princesse de Montpensier" de Bertrand Tavernier, " Des hommes et des dieux" de Xavier Beauvois.

    Synopsis: Un monastère au milieu des montagnes dans un pays du Maghreb, dans les années 90… Huit moines cisterciens français vivent en harmonie avec la population musulmane. Ils sont proches des villageois et partagent avec eux fêtes et labeur, leur dispensant au quotidien les soins médicaux dont ils ont besoin. Un jour, dans cette région, des ouvriers étrangers sont massacrés par une trentaine d’hommes armés. La panique s’empare des habitants. L’armée tente d’imposer aux moines une protection renforcée mais ces derniers refusent. Peu de temps après, les moines reçoivent la visite des intégristes qui revendiquent le massacre. Christian, le frère prieur de la communauté, s’oppose à Ali Fayattia, le chef des hommes armés. Par son sang-froid et ses paroles, Christian parvient à les faire partir. Mais le doute s’installe chez les moines. Certains veulent quitter le monastère ; d’autres insistent pour rester. Christian propose à tous un temps de réflexion avant de prendre une décision collective. Les moines tentent de continuer à vivre comme avant, mais l’atmosphère devient chaque jour plus lourde. Eux-mêmes sont amenés à soigner certains terroristes, ce qui provoque la colère des autorités. Ces dernières tentent alors de faire pression pour forcer les religieux à rentrer en France. Christian décide d’organiser un nouveau vote à main levée : cette fois, les moines décident à l’unisson de rester coûte que coûte…

      C'est Lambert Wilson qui interprètera le leader de ces moines.

     Le film évoque donc  en réalité l'enlèvement,  en 1996, pendant la guerre civile algérienne, de sept moines trappistes de Tibbhirine. Ceux-ci furent retrouvés assassinés deux mois plus tard. Ce massacre fut longtemps attribué au Groupe Islamiste Armé avant qu'un général français à la retraite n'évoque une bavure de l'armée algérienne. En effet, depuis un hélicoptère, l'armée algérienne aurait mitraillé un camp en pensant qu'il s'agissait d'un repère du GIA avant de décapiter les cadavres pour qu'on croit cet assassinat commis par des terroristes.

    Casting: Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Sabrina Ouazani, Olivier Rabourdin, Philippe Laudenbach, Roschdy Zem...

    Un sujet donc difficile et courageux. Ainsi, pour des raisons de sécurité, le tournage n'a pas eu lieu en Algérie mais au Maroc.

     C'est le décorateur césarisé d'Un prophète, Michel Barthélémy qui a ainsi reconstitué le monastère.

    C'est 15 ans après avoir obtenu le prix du jury pour "N'oublie pas que tu vas mourir" que Xavier Beauvois revient sur la Croisette. Un sujet dont l'exigence pourrait lui valoir les faveurs du jury qui, depuis quelques années, affectionne ce type de sujet.

    Films déjà présentés à Cannes par Xavier Beauvois

    Le Palmarès cannois de Xavier Beauvois

    Filmographie de Xavier Beauvois

    1991 : Nord

    1995 : N'oublie pas que tu vas mourir

    2000 : Selon Matthieu

    2005 : Le Petit Lieutenant

    2010 : Des hommes et des dieux

    Bonus: la critique du "Petit Lieutenant" de Xavier Beauvois

    A l’image de ce petit lieutenant (Jalil Lespert) lorsqu’il entre à la 2ème division de police judiciaire et dont Xavier Beauvois trace le portrait, c’est avec enthousiasme que je suis entrée dans la salle de cinéma. C’est donc avec la même stupeur que lui que je me suis retrouvée plongée dans cet univers âpre, filmé sans démagogie ni complaisance. Le contraste n’en était que plus saisissant. Quelques minutes à peine après le début du film, après la parade en uniforme, impeccable, rectiligne, mécanique, institutionnelle, la réalité reprend ses droits, imparfaite, chaotique car humaine et donc faillible, aussi.

     

    Les failles sont d’abord celles de Caroline Vaudieu, (Nathalie Baye) qui revient dans ce service qu’elle avait abandonné trois ans auparavant, pour cause d’alcoolisme. Peu à peu des liens vont se tisser entre cette femme qui a perdu son enfant et ce jeune homme à l’enthousiasme juvénile.

     

     Xavier Beauvois aime et connaît le cinéma et cela se voit, se montre même, un peu trop. A dessein nous l’avons compris. Son petit lieutenant et ses collègues sont en effet imprégnés par le cinéma comme nous le (dé)montrent les affiches qui décorent les murs du commissariat , une affiche différente à chaque fois ou presque : le convoyeur, Seven, Il était une fois en Amérique, les 400 coups, Podium. A croire que les policiers de la PJ ont raté leur vocation d’exploitants. Derrière le petit lieutenant, on reconnaît même une photo du Clan des Siciliens. Tout cela pour insister sur ce que le Petit Lieutenant dira lui-même, c’est à cause des films qu’il a voulu faire ce métier, pour conduire avec un gyrophare et se sentir invulnérable aussi apparemment. Seulement voilà, la réalité, c’est tout sauf du cinéma aseptisé et manichéen, c’est tout sauf cet idéal magnifié par le prisme d’un grand écran qui mythifie ceux qu’ils immortalisent. La réalité (la mortalité même) ne se divise pas en deux, non, elle se dissèque comme ce corps entre les mains du médecin légiste dont un son déchirant nous fait comprendre le terrible labeur, et nous poursuivra longtemps. Le bruit déchirant de la confrontation à la réalité.

     

    Réalité, réalisme : leitmotiv de ce film qui semble même emprunter à Depardon l’effroyable réalité de Faits divers. Beauvois fait même tourner un vrai SDF et s’est longuement documenté avant de réaliser son film, ce qui contribue à lui donner cet aspect documentaire. Ici les (anti) héros meurent, pleurent, faillissent. Depardon beaucoup plus que 36, quai des Orfèvres donc, dont ce film est presque le contraire, dans son recours à la musique notamment, celle-ci étant aussi omniprésente, voire omnisciente dans l’un, qu’elle est absente dans l’autre. L’alcool aussi, est aussi omniscient que l’était la musique dans le film précédemment évoquée. Peut-être trop. Pour nous faire comprendre les fêlures, les failles, encore, la réalité avec laquelle il faut composer.

     

    Malgré cet aspect didactique quelque peu agaçant, Le petit Lieutenant n’en reste pas moins un constat, une radiographie d’une implacable lucidité dans laquelle Nathalie Baye excelle, son regard ou l’inflexion de sa voix laissant entrevoir en une fraction de seconde les brisures de son existence derrière cette force de façade. D’ailleurs, encore une fois, c’est surtout à ces fêlures que s’est intéressé Beauvois , bien loin des films policiers initiateurs de la vocation du petit Lieutenant. Ce petit Lieutenant c’est Jalil Laspert qui n’a pas fini de nous démontrer l’infinitude des nuances de ses ressources humaines depuis le film éponyme. Bref, un film d’une poignante âpreté, parfois un peu trop didactique, un didactisme que la composition incroyable de ses interprètes principaux (N.Baye, J.Lespert mais également R.Zem) nous fait finalement occulter.

    Suivez le reste de l'actualité cinématographique sur In the mood for cinema .

    Catégories : COMPETITION OFFICIELLE Lien permanent 0 commentaire Pin it! Imprimer
  • "La Princesse de Montpensier" de Bertrand Tavernier - compétition officielle

    montpensier1.jpg
    montpensier2.jpg
    montpensier3.jpg

    Je poursuis mes articles consacrés à la présentation des films du Festival de Cannes 2010, commencés hier avec Woody Allen. Je débute une série de trois articles consacrés aux films français en compétition officielle réalisés par Bertrand Tavernier, Xavier Beauvois et Mathieu Amalric.

     Commençons par Bertrand Tavernier et sa "Princesse de Montpensier", un film librement inspiré du roman éponyme de Madame de la Fayette qui suit le destin de Marie de Mézières (Mélanie Thierry) contrainte d'épouser le prince de Montpensier (Grégoire Leprince- Ringuet), bien qu'elle soit éprise depuis toujours du duc de Guise (Gaspard Ulliel). Lambert Wilson, Michel Vuillermoz, Jean-Charles Malclès, Julien Guiller, Mathieu Lourdel  font également partie de la distribution. Un synopsis et un casting très prometteurs! 

    Ce long-métrage marque le retour en France de Bertrand Tavernier après sa première expérience américaine à travers le thriller Dans La Brume électrique, présenté à la Berlinale 2009.

    C'est Jean Cosmos, le scénariste attitré de Bertrand Tavernier qui signe le scénario. La production est assurée par Laurent Brochand (Le coach) et le film sera distribué  par StudioCanal.

    Ce film a été tourné (automne 2009) en Auvergne et principalement au château de Messilhac ainsi qu'au château de Meillant dans le Cher.

    Ce sera la quatrième fois que Bertrand Tavernier viendra à Cannes avec un film en compétition, reparti avec le prix du meilleur réalisateur pour Un dimanche à la campagne en 1984. Une sélection en compétition qui est déjà une victoire étant donné les problèmes financiers connus lors du tournage.

    Un film que je suivrai avec beaucoup d'intérêt et dont vous pourrez bien entendu trouver la critique ici.

    Films déjà présentés à Cannes par Bertrand Tavernier:

    • 2007 - MAN OF CINEMA: PIERRE RISSIENT (HOMME DE CINEMA : PIERRE RISSIENT) - Cannes Classics Interprète
    • 2000 - LA VIE ET RIEN D'AUTRE - Hommage Réalisation
    • 1993 - LES DEMOISELLES ONT EU 25 ANS - Un Certain Regard Interprète
    • 1990 - DADDY NOSTALGIE - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 1984 - UN DIMANCHE À LA CAMPAGNE - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 1980 - UNE SEMAINE DE VACANCES - En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 1976 - LE JUGE ET L'ASSASSIN - Section parallèle Réalisation

    Le palmarès de Bertrand Tavernier à Cannes:

    • 1984 - Prix de la mise en scène - UN DIMANCHE À LA CAMPAGNE - Long métrage

    Filmographie de Bertrand Tavernier-réalisateur

    1964 : Les Baisers (film à sketches : réalisation du Baiser de Judas)

    1964 : La Chance et l'Amour (film à sketches : réalisation d’Une chance explosive)

    1974 : L'Horloger de Saint-Paul

    1975 : Que la fête commence

    1976 : Le Juge et l'Assassin

    1977 : Des enfants gâtés

    1980 : La Mort en direct (Deathwatch)

    1980 : Une semaine de vacances

    1981 : Coup de torchon

    1982 : Philippe Soupault et le Surréalisme (TV)

    1983 : Ciné citron (court métrage)

    1983 : La Huitième Génération (court métrage)

    1983 : Mississippi Blues (coréalisation avec Robert Parrish)

    1984 : Un dimanche à la campagne

    1986 : Autour de minuit (Round Midnight)

    1987 : La Passion Béatrice

    1988 : Lyon, le regard intérieur (TV)

    1989 : La Vie et rien d'autre

    1990 : Daddy nostalgie

    1991 : Contre l'oubli (coréalisation, Pour Aung San Suu Kyi, Myanmar)

    1992 : La Guerre sans nom (coréalisation avec Patrick Rotman)

    1992 : L.627

    1994 : La Fille de d'Artagnan

    1995 : L'Appât

    1996 : Capitaine Conan

    1997 : La Lettre (TV)

    1998 : De l'autre côté du périph (coréalisation avec Nils Tavernier - TV)

    1999 : Ça commence aujourd'hui

    2001 : Les Enfants de Thiès (TV)

    2001 : Histoires de vies brisées : les double-peine de Lyon (Coréalisation avec Nils Tavernier)

    2002 : Laissez-passer

    2004 : Holy Lola

    2009 : Dans la brume électrique (In the Electric Mist)

    2010 : La Princesse de Montpensier

    Catégories : COMPETITION OFFICIELLE Lien permanent 2 commentaires Pin it! Imprimer
  • Compétition officielle 2009- "Etreintes brisées" de Pedro Almodovar

    Quelques semaines après le Festival de Cannes, je suis retournée voir "Etreintes brisées" de Pedro Almodovar, dans un contexte dépassionné. En voici ma deuxième critique:

    etreintes.jpg

    Lorsque vous voyez un film dans l’effervescence du Grand Théâtre Lumière, dans l’euphorie cannoise, de surcroît à côté de l’équipe du film, votre avis est forcément vicié et imprégné de cette atmosphère excessive, c’est pourquoi j’ai tenu à retourner voir « Les Etreintes brisées » quelques jours après l’avoir vu sur la Croisette. Inutile de spécifier à quel point c’est étrange de voir un film dans une salle quasiment vide, qui ne réagit donc pas,  après l’avoir vu quelques jours auparavant en présence de l’équipe du film avec un public particulièrement réactif. Alors ? Alors, même loin de l’agitation cannoise, certes « Les Etreintes brisées » n’est pas le film le plus fou, le plus extravagant, le plus délirant de Pedro Almodovar mais il n’en demeure pas moins remarquable à de nombreux points de vue… et l’un de ses meilleurs films, peut-être même le plus maîtrisé. En tout cas, l’un de mes favoris de cette compétition cannoise 2009 avec, notamment « Inglourious Basterds » de Quentin Tarantino (que Pedro Almodovar, en cinéphile, est d’ailleurs allé voir en séance du lendemain).

     

    Synopsis : Il y a 14 ans, dans un violent accident de voiture dans l’île de Lanzarote, un homme (Lluis Homar) a perdu la vue mais aussi la femme de sa vie, Lena (Penelope Cruz). Sa vie se partage alors en deux parties à l’image de ses deux noms : Harry Caine, pseudonyme ludique sous lequel il signe ses travaux littéraires, ses récits et scénarios ; et Mateo Blanco, qui est son nom de baptême sous lequel il vit et signe les films qu’il réalise. Après l’accident, il n’est alors plus que son pseudonyme : Harry Caine. Dans la mesure où il ne peut plus faire de films, il s’impose de survivre avec l’idée que Mateo Blanco est mort à Lanzarote aux côtés de Lena.

     

    Pedro Almodovar, habitué de la Croisette et de la compétition cannoise (juré en 1992, en compétition pour « Tout sur ma mère » en 1999- prix de la mise en scène -, pour « La mauvaise éducation » en 2004 –présenté hors compétition- ; pour « Volver » en 2006 –prix du scénario et d’interprétation collectif-) est, cette année reparti bredouille pour un film dont la mise en scène d’une impressionnante beauté et maîtrise,  le scénario impeccable et l’interprétation remarquable de Penelope Cruz auraient pourtant pu lui permettre de figurer au palmarès, à ces différents titres.

     

    Aussi invraisemblable que cela puisse paraître certains cinéastes ne sont pas des cinéphiles (j’aurais bien des exemples mais je m’abstiendrai) mais au même titre que Picasso maîtrisait parfaitement l’histoire de la peinture, condition sine qua non au renouvellement de son art, il me semble qu’un cinéaste se doit de connaître et d’être imprégné de l’histoire du cinéma, comme Pedro Almodovar qui, dans ce film, en plus de témoigner de sa cinéphilie livre une véritable déclaration d’amour au cinéma (il rend notamment hommage à Hitchcock, Antonioni, Malle, Rossellini… ).  Et à Penelope Cruz qu’il sublime comme jamais, en femme fatale, brisée et forte, à la fois Marylin Monroe, lumineuse et mélancolique, et Audrey Hepburn, gracile et déterminée.

     

    « Les Etreintes brisées » est un film labyrinthique d’une grande richesse : un film sur l’amour fou, le cinéma, la fatalité, la jalousie, la trahison, la passion, l’art. Un film dans lequel,  à l’image du festival de Cannes, cinéma et réalité se répondent, s’imbriquent, se confondent.

     

    La mise en abyme, à l’image de tout ce film, est double : il y a d’une part le film que réalise Harry Caine mais aussi le making of de son film.  Harry Caine est lui-même double puisque c’est le pseudonyme de Mateo Blanco. Il meurt doublement : il perd la vue, la cécité étant la mort pour un cinéaste ; il perd la femme qu’il aime, une étreinte brisée qui représente la mort pour l’homme amoureux qu’il est aussi. Un film morcelé à l’image de ces photos en mille morceaux de Lena, d’une beauté tragique.

     

    Et puis que dire de la réalisation… Flamboyante comme ce rouge immédiatement reconnaissable comme celui d’un film de Pedro Almodovar.  D’un graphique époustouflant comme ce film que Mateo Blanco réalise. Sensuelle comme ces mains qui caressent langoureusement une image à jamais évanouie. Son scénario joue avec les temporalités et les genres (film noir, comédie, thriller, drame) avec une apparente facilité admirable.

     

    Peut-être la gravité mélancolique a-t-elle désarçonnée les aficionados du cinéaste qui n’en oublie pourtant pas pour autant sa folie jubilatoire comme dans ce film dans le film « Filles et valises », hommage irrésistible à « Femmes au bord de la crise de nerfs ».

     

    Un film gigogne d’une narration à la fois complexe et limpide, romantique et cruel, qui porte la poésie langoureuse, la beauté mélancolique et fragile de son titre, un film qui nous emporte dans ses méandres passionnées, un film pour les amoureux, du cinéma. Un film qui a la beauté, fatale et languissante, d’un amour brisé en plein vol… Un film qui a la gravité sensuelle de la voix de Jeanne Moreau, la beauté incandescente d’une étreinte éternelle comme  dans « Voyage en Italie » de Rossellini, la tristesse lancinante de Romy Schneider auxquels il se réfère.

     

    Penelope Cruz, d’une mélancolie resplendissante, pour cette quatrième collaboration,  aurait de nouveau mérité le prix d’interprétation et sa prestation (mais aussi celles de tous ses acteurs et surtout actrices auxquels il rend ici hommage, parfois juste le temps d’une scène comme pour Rossy de Palma)  prouve à nouveau quel directeur d’acteurs est Pedro Almodovar qui sait aussi, en un plan, nous embraser et embrasser dans son univers, immédiatement identifiable, la marque, rare, des grands cinéastes.

     

    Un film empreint de dualité sur l’amour fou par un (et pour les) amoureux fous du cinéma… le cinéma qui survit à la mort, à l’aveuglement, qui sublime l’existence et la mort, le cinéma qui reconstitue les étreintes brisées, le cinéma paré de toutes les vertus. Même celle de l’immortalité… Un film par lequel je vous recommande vivement de vous laisser charmer et enlacer…

    Catégories : COMPETITION OFFICIELLE Lien permanent 0 commentaire Pin it! Imprimer
  • Compétition officielle 2009- "A l'origine" de Xavier Gianoli

    En attendant le Festival de Cannes 2010, voici quelques critiques de films présentés lors du Festival de Cannes 2009 et que j'ai eu l'occasion de voir ou revoir après celui-ci.

    origine2.jpg

     A l’origine, il y avait un film beaucoup trop long que j’avais vu à Cannes où il figurait en compétition officielle, mais malgré cela très séduisant. Depuis, le film a été amputé de 25 minutes, c’est la raison pour laquelle je souhaitais le revoir, en espérant que ces 25 minutes en moins lui feraient gagner en rythme.

     

    L’histoire est toujours la même que celle du film projeté à Cannes. Celle de Philippe Miller (François Cluzet), un escroc solitaire  qui découvre un chantier d’autoroute abandonné depuis des années, tout cela à cause d’un scarabée ! De l’arrêt des travaux avait découlé une véritable catastrophe  économique pour les habitants de la région. Si pour Philippe il s’agit d’une chance de réaliser une escroquerie aussi improbable qu’inédite en reprenant les travaux, pour les habitants de la région, il est le messie (c’est d’ailleurs ce qui lui dira le maire de la ville à son arrivée), celui qui va leur redonner espoir.  Les choses se compliquent quand Philippe prend conscience de l’importance considérable que prend son escroquerie dans la vie de ces gens surtout que dans le même temps, son passé va le rattraper.

     

    Mettons tout de suite fin au suspense : ce nouveau montage est une incontestable réussite…même si pour cela il a fallu sacrifier certains personnages (et dans le même temps certains comédiens qui ont vu leurs rôles réduits ou supprimés comme l’ex-femme de « Philippe Miller », en réalité son pseudonyme). Ce que le film perd en minutes, le personnage interprété par François Cluzet le gagne en mystère,  en densité, en intérêt, en épaisseur, en charme ; et le film également. Ce montage radicalisé fait revenir à l’essentiel,  à l’être, à ce que l’homme était « à l’origine », à cette vérité humaine que la caméra de Xavier Giannoli, une nouvelle fois, capte avec une grande sensibilité, en filmant au plus près des visages, au plus près de l’émotion, au plus près du malaise. Et même quand il filme ces machines, véritables personnages d’acier, il les fait tourner comme des danseurs dans un ballet, avec une force visuelle saisissante et captivante. Image étrangement terrienne et aérienne, envoûtante. La musique de Cliff Martinez achève de rendre poétique ce qui aurait pu être prosaïque. Une poésie aussi inattendue que la tournure que prend cette histoire pour Philippe Miller qui va finalement vivre les choses plutôt que les prévoir.

     

     A l’origine il y avait aussi ce besoin de ne pas être seul, et surtout d’être considéré. Philippe devient quelqu’un et dans le regard des autres, il prend toute la mesure de sa soudaine importance. A l’origine il y avait un scarabée. Un homme qui aurait pu aussi être ce scarabée. Là pour détruire puis, par la force des choses et des rencontres, pour aider.

     

    Il faut voir avec quel brio François Cluzet interprète cet être mal à l’aise, introverti, peu bavard, qui peu à peu va gagner en confiance. Le malaise de son imposture le dépasse, et les traits de son visage, ses gestes, tout semble témoigner de son tiraillement intérieur. Et dans cette scène où il se retrouve face au conseil municipal, son malaise est tellement palpable, crédible, que je l’ai ressenti comme si j’étais moi aussi dans cette pièce, prise dans un étau de mensonges. Et puis, il faut voir son visage s’illuminer éclairé par un soleil braqué sur lui comme un projecteur braqué sur celui dont le pouvoir est devenu quasiment démiurgique ; il faut le voir aussi patauger dans la boue en frappant dans ses mains, exalté, le voir tomber, se relever, aller au bout de lui-même pour les autres. Ce mensonge va l’étouffer, puis, le porter, puis l’enchaîner, pourtant il aura conquis un territoire, planté son drapeau.

     

    Face à lui, le maire de la ville interprété avec beaucoup de justesse par Emmanuelle Devos qui dissimule sa solitude et ses blessures derrière une belle assurance.   Tous deux, comme tous les habitants du village, vont avoir une seconde chance, tout reprendre du départ, de l’origine.

     

    Cette route qui va nulle part va les mener quelque part, à vivre une aventure humaine à se créer une famille (formidable Vincent Rottiers dans le rôle du « fils de substitution »).

     C’est aussi une belle métaphore du cinéma et du métier de comédien qui est finalement aussi une imposture, qui fait devenir quelqu’un d ‘autre, fabriquer un chemin, un univers qui ne mène pas forcément quelque part mais reste, là aussi, une belle aventure humaine.

     

    Ce film est avant tout un portrait d’homme touchant, énigmatique et dense qui porté par un acteur au sommet de son art nous emporte totalement  dans son aventure aussi improbable soit-elle (et pourtant inspirée d’une histoire vraie s’étant déroulée en 1997 dans la Sarthe), dans ses mensonges, dans ses contradictions, dans sa conquête. Un césar du meilleur acteur sinon rien.

     

     Et ce nouveau montage a su faire d’un bon film un très beau film qui nous faire revenir à l’essentiel. A l’origine. Nous fait croire à l’impossible. A une seconde chance. Aux routes qui ne mènent nulle part.  A ce que le cinéma lui aussi était à l’origine : un mensonge exaltant qui peut nous faire croire que tout est possible. Même si la réalité, un jour ou l’autre, finira par reprendre ses droits.

    Catégories : COMPETITION OFFICIELLE Lien permanent 0 commentaire Pin it! Imprimer
  • Grand Prix du Festival de Cannes 2009- "Un Prophète" de Jacques Audiard

    Quelques mois après sa mémorable projection cannoise, je suis retournée voir ce Grand Prix  du Festival de Cannes 2009 à l'occasion d'une rencontre organisée par le cinéma Saint Germain des Prés avec l'acteur principal Tahar Rahim et l'un des scénaristes, Thomas Bidegain. Critique du film et résumé du débat.

    prophete4.jpg

    Hier soir, mon cinéma fétiche,  le cinéma Saint Germain des Prés, organisait une rencontre avec Tahar Rahim, le comédien principal du film « Un Prophète » de Jacques Audiard  et avec Thomas Bidegain, le co-scénariste du film. D' « Un Prophète », je gardais le souvenir à la fois vif et imprécis d'un film percutant magistralement interprété et mis en scène vu en pleine euphorie cannoise, si loin de cette réalité carcérale, mais finalement aussi dans un univers cloisonné qui souvent altère la perception des évènements et des films. J'avais donc très envie de le revoir d'autant plus dans le cadre intimiste et chaleureux du Saint Germain des Prés, et alors qu' « Un Prophète », Grand Prix du dernier Festival de Cannes a été présélectionné pour représenter la France aux Oscars.

    J'ai d'ailleurs eu la sensation de le voir pour la première fois, d'éprouver pour la première fois cette exaltation fébrile lorsqu'on a le sentiment de découvrir un très grand film pour lequel on brûle de partager son enthousiasme tout en craignant de ne savoir trouver les mots justes à la hauteur de l'émotion et de la forte impression suscitées.

    A nouveau ces 2H35 m'ont presque parues trop courtes tant la caméra d'Audiard est d'une rigueur, d'un génie poétique, d'une acuité (j'avais ainsi oublié ces plans furtifs ou ces bruits qui évoquent magistralement ce désir insaisissable et inaccessible de liberté, d'ailleurs ), d'une force uniques et remarquables et tant le jeu de ses comédiens est saisissant (Tahar Rahim évidemment dont on se demande bien qui pourrait lui ravir le César et qui, hier soir, a été ovationné à plusieurs reprises mais aussi Niels Arestrup dont je n'avais pas perçu -lors de la mémorable projection cannoise- toute l'épaisseur redoutable qui dévore  l'écran comme son personnage souhaite asservir et dévorer les autres) nous tiennent en haleine.

    Voici quelques phrases extraites des échanges passionnants entre le public, Tahar Rahim et Thomas Bidegain dont l'enthousiasme, la passion, l'humilité, l'humour pour défendre ce grand film n'ont fait que renforcer mon admiration pour ce « Prophète ». Thomas Bidegain est d'abord revenu sur le titre « Un Prophète » qui selon lui signifie ici (faisant aussi ainsi référence au dernier plan du film)  « celui qui est devant », le héros mais aussi le héraut qui dit ce qui va se passer. La question de l'immoralité est aussi souvent revenue dans le débat. Pour Thomas Bidegain, l'histoire de Malik a une moralité à travers l'immoralité. Il est aussi revenu sur la genèse du projet qui a nécessité trois années d'écriture et sur les règles qu'ils se sont fixées en écrivant concernant le personnage de Malik qui « n'aime ni la violence ni les voyous ». Pour eux l'important était qu'au début il ne soit rien et qu'il acquiert le savoir, qu'il soit un SDF analphabète qui trouve un foyer, qui n'a pas d'histoire et qui va progressivement écrire son histoire. Ses objectifs évoluent, son objectif premier étant ainsi la survie. La maturité qu'il acquiert n'est ainsi pas forcément parallèle à la moralité. Thomas Bidegain est aussi revenu sur la complexité du personnage de Malik, « cet enfant sauvage qui arrive en enfer et cherche d'abord uniquement à fuir ». Pour lui, l'étincelle, le moment où il devient son personnage c'est cet instant assourdissant. Un travailleur social comme il s'est défini lui-même ayant, selon ses propres, termes « passer 40 ans en prison » (ce qui n'a pas manqué de jeter un froid glacial dans l'assistance) avant de préciser que c'était pour son travail a tenu à dire que ce film ressemblait à la réalité, aussi consternant cela puisse-t-il sembler. Pour Thomas Bidegain, les choses existent que lorsqu'elles sont représentées, la représentation fait exister les choses, « le cinéma certifie le réel » pour reprendre les termes d'Audiard dans une interview récente. Thomas Bidegain a précisé qu'aucune vraie prison n'avait servi de cadre au tournage mais qu'il s'agissait uniquement d'un décor, en revanche les figurants étaient pour la plupart d'anciens prisonniers, et Tahar Rahim a raconté à quel point cela les avait aidés mais aussi forcés à se montrer à la hauteur. Une spectatrice citant Primo Levi a dit que finalement Malik cherchait à « sauver sa peau » et que « son intelligence lui permettait de survivre en milieu hostile ». Une autre a comparé le scénario à une tragédie antique, rappelant que « Malik » signifie le roi... un scénario qui a l'intelligence, la complexité et la densité de son personnage principal et dont j'espère qu'il sera lui aussi récompensé.

     Je vous rappelle mes 10 bonnes raisons d'aller voir « Un Prophète » :

    prophète.jpg

    Synopsis : Malik (Tahar Rahim), condamné à 6 ans de prison, ne sachant ni lire ni écrire. A son arrivée en Centrale, seul à monde, il paraît ainsi plus jeune et plus fragile que les autres détenus. Il n'a que 19 ans. D'emblée, il tombe sous la coupe d'un groupe de prisonniers corses qui fait régner la loi dans la prison. Le jeune homme apprend vite. Au fil des « missions » il s'endurcit et gagne la confiance des Corses. Mais, très vite, Malik utilise toute son intelligence pour développer son propre réseau.

    1. Parce que Jacques Audiard réussit à captiver le spectateur en l'immergeant dans un univers a priori particulièrement rugueux. Et il y parvient,  magistralement, sans pour autant tomber dans la facilité, et notamment pas dans l'écueil du manichéisme dans lequel il aurait été si facile de tomber dans l'évocation du milieu carcéral, nous faisant suivre pas à pas, le souffle coupé, le cœur de battre presque arrêté, le parcours sinueux de ce jeune détenu.

    2. Pour l'interprétation magistrale  de Tahar Rahim dont c'est ici le premier grand rôle , une véritable révélation qui aurait mérité un prix d'interprétation à Cannes, qui campe ici un personnage à la fois fragile, énigmatique, égaré,  malin,  angélique et (puis) diabolique dont le regard et la présence, le jeu nuancé magnétisent l'écran, et qui est pour beaucoup dans le caractère attachant de ce personnage tout en ambivalence et mystère.

    3. Parce que Jacques Audiard est un des grands cinéastes français actuels. Que son univers, son style ( et ses thèmes récurrents: filiation, rédemption, violence  sociale...) ne ressemblent à aucun autre. Pour sa mise en scène sobre, nerveuse, efficace, inspiré.

    4. Parce que de son cinéma émane une poésie violente, singulière, saisissante, captivante.

    5. Pour la portée politique de son film qui n'en cesse pas pour autant d'être divertissant. Un divertissement intelligent.   A l'heure où les conditions de vie dans les prisons font objet de débat, tout en étant indéniablement divertissant, le film d'Audiard a une incontestable portée politique, chaque seconde du film démontrant à quel point la prison est devenue une microsociété où les trafics semblent se pérenniser, voire se développer. Les gardiens sont d'ailleurs très peu présents dans le film (ou alors pour que soit stigmatisée leur implication dans les trafics ) et les prisonniers semblent presque circuler à leur guise, à l'abri des regards extérieurs, là où la violence semble pourtant encore plus palpable. Audiard pointe le doigt sur une réalité tout en n'oubliant jamais le spectateur, tout en n'étant jamais dans le didactisme, la morale, non, il montre une réalité (la difficulté de vie dans les prisons où se développent les trafics plus qu'elles ne réinsèrent) en pleine actualité à l'image de ce qu'était l'école, sujet principal de la palme d'or 2008 « Entre les murs », raison pour laquelle, aussi, le film d'Audiard qui nous montre lui aussi une « métaphore de la société » (racisme etc... se retrouve, aussi, entre ces murs)  « entre les murs », entre d'autres murs,  avait été fortement pressenti pour la palme d'or de ce Festival de Cannes 2009.

    6. Pour la richesse de ses personnages et évidemment de son personnage principal. Audiard montre une nouvelle fois son attachement à ses personnages et l'empathie dont il sait faire preuve à leur égard et nous faire passer, aussi abîmés par la vie soient-ils, des personnages que les difficultés de l'existence transforment radicalement. Malik réalise ainsi un véritable parcours initiatique  Ainsi,   orphelin, illettré, fragile, influençable,  il va réussir à s'en sortir grâce à son intelligence. Malik va aussi user de la violence tout en étant rongé par la  culpabilité, une culpabilité que les séquences oniriques rappellent, avec originalité et subtilité.  Le titre "Un prophète" est, selon Jaques Audiard,  à prendre "dans un sens ironique". C'est l'arrivée d'"un nouveau type de criminel, qui n'est pas un psychopathe, il est même un peu angélique". De victime, Malik devient ainsi héros, même  si c'est sa survie qui l'exige : un héros meurtrier

    7. Pour le scénario (idée originale d' Abdel Raouf Dafri, scénariste du dyptique Mesrine, et co-écrit par Thomas Bidegain et Jacques Audiard) de ce  grand film qui mêle avec brio fantasmagorie et réalisme, violence et poésie noire, meurtre et rédemption, divertissement et sujet de société.  L'excellent « Un héros très discret » avait d'ailleurs reçu le prix du scénario en 1996.

    8. Parce que l'exigence et la rigueur (scénaristique, de mise en scène, d'interprétation) ne se font pas au détriment du public, bien au contraire.

    9. Parce que c'est un film de genre qui en même temps n'appartient à aucun et le renouvèle. Fable initiatique. Film social et politique. Faux documentaire onirique. Film d'action. Il concilie les paradoxes et transcende les genres.

    10. Parce que s'il n'a pas obtenu la consécration cannoise escomptée et méritée, il ne dépend que de vous qu'il la connaisse en salles.

    ...11. Parce que vous ne verrez pas  passer ces 2H20 bien qu'emprisonnés (je vous le garantis) et parce que ça fait déjà beaucoup plus de 10 raisons d'y aller et que c'est suffisamment rare pour être souligné et récompensé par un grand succès en salles.

    Catégories : COMPETITION OFFICIELLE Lien permanent 0 commentaire Pin it! Imprimer
  • Critique de la palme d’or 2009, « Le ruban blanc » de Michael Haneke

    rubanblanc.jpg

    pariscinema.jpgAvant-hier, dans le cadre de Paris Cinéma, était projetée la palme d’or du Festival de Cannes 2009 : « Le ruban blanc » de Michael Haneke. N’ayant pas pu le voir sur la Croisette, j’étais impatiente de voir ce film que le jury avait préféré au magistral « Un Prophète » de Jacques Audiard (cliquez ici pour lire mes commentaires) et surtout à « Inglourious  Basterds » de Quentin Tarantino (cliquez ici pour lire ma critique), mon coup de cœur de ce Festival de Cannes 2009.

     

    En raison de l’inimitié ou de la potentielle rancœur subsistant entre Isabelle Huppert et Quentin Tarantino suite à leurs dissensions lors du casting d’ « Inglourious Basterds » et du lien particulier qui unit cette dernière à Haneke  ( « La Pianiste » du même Haneke lui a valu un prix d’interprétation cannois), je supposais  que « Le ruban blanc » devait être un chef d’œuvre tel que ce prix mettait la présidente du jury 2009 hors du moindre soupçon d’avoir favorisé le réalisateur autrichien, pour des raisons autres que cinématographiques.

     

    Alors, « un ruban blanc » est-il ce chef d’œuvre irréfutable faisant de cette palme d’or une évidence ?

    haneke.jpg
    Haneke est aussi outrancier dans l’austérité que Tarantino l’est dans la flamboyance. Leurs cinémas sont à leurs images, extrêmes. Alors difficile de comparer deux films aussi diamétralement opposés même si pour moi l’audace, l’inventivité, la cinéphilie de Tarantino le plaçaient au-dessus du reste de cette sélection 2009. Audace, inventivité, cinéphilie : des termes qui peuvent néanmoins tout autant s’appliquer à Haneke même si pour moi « Caché » (pour lequel il avait reçu un prix de la mise en scène en 2005) méritait davantage cette palme d’or (et celui-ci un Grand Prix) qui, à défaut d’être une évidence, se justifie et se comprend aisément.
    ruban blanc.jpg

     

    Synopsis : Un village de l’Allemagne du Nord à la veille de la Première Guerre Mondiale. Un instituteur raconte l’histoire d’étranges incidents qui surviennent dans la petite communauté protestante formée par les élèves et leurs familles. Peu à peu, d’autres accidents surviennent et prennent l’allure d’un rituel primitif.

     

    Quel qu’en soit l’enjeu  et aussi âpre soit-elle, Haneke a le don de créer une atmosphère quasi hypnotique, et de vous y plonger. L’admiration pour la perfection formelle  l’emporte toujours sur le rejet de l’âpreté, sur cette froideur qui devrait pourtant nous tenir à distance, mais qui aiguise notre intérêt, notre curiosité. La somptuosité glaciale  et glaçante de la réalisation, la perfection du cadre et des longs plans fixes où rien n’est laissé au hasard sont aussi paralysants que l’inhumanité qui émane des personnages qui y évoluent.

     

    Derrière ce noir et blanc, ces images d’une pureté étrangement parfaite,  à l’image de ces chérubins blonds symboles d’innocence et de pureté (que symbolise aussi le ruban blanc qu’on leur force à porter) se dissimulent la brutalité et la cruauté.

     

    L’image se fige à l’exemple de cet ordre social archaïquement hiérarchisé, et de cette éducation rigoriste et puritaine dont les moyens sont plus cruels que les maux qu’elle est destinée prévenir et qui va provoquer des maux plus brutaux encore que ceux qu’elle voulait éviter. La violence, au lieu d’être réprimé, s’immisce insidieusement pour finalement imposer son impitoyable loi. Cette violence, thème cher à Haneke, est toujours hors champ, « cachée », et encore plus effrayante et retentissante.

     

    Ce ruban blanc c’est le symbole d’une innocence ostensible qui dissimule la violence la plus insidieuse et perverse. Ce ruban blanc c’est le signe ostentatoire d’un passé et de racines peu glorieuses qui voulaient se donner le visage de l’innocence. Ce ruban blanc, c’est le voile symbolique de l’innocence qu’on veut imposer pour nier la barbarie, et ces racines du mal qu’Haneke nous  fait appréhender avec effroi par l’élégance moribonde du noir et blanc.

     

    Ces châtiments que la société inflige à ses enfants en évoquent d’autres que la société infligera à plus grande échelle, qu’elle institutionnalisera même pour donner lieu à l’horreur suprême, la barbarie du XXème siècle. Cette éducation rigide va enfanter les bourreaux du XXème siècle dans le calme, la blancheur immaculée de la neige d’un petit village a priori comme les autres.

     

    La forme démontre alors toute son intelligence, elle nous séduit d’abord pour nous montrer toute l’horreur qu’elle porte en elle et dissimule à l’image de ceux qui portent ce ruban blanc.

     

    Que dire de l’interprétation ? Elle est aussi irréprochable. Les enfants jouent avec une innocence qui semble tellement naturelle que l’horreur qu’ils recèlent en devient plus terrifiante encore.

     

    Avec une froideur et un ascétisme inflexibles, avec une précision quasi clinique, avec une cruauté tranchante et des dialogues cinglants, avec une maîtrise formelle fascinante,  Haneke poursuit son examen de la violence en décortiquant ici les racines du nazisme, par une démonstration implacable et saisissante. Une œuvre inclassable malgré ses accents bergmaniens.

     

    Un film à voir absolument. L'oeuvre austère, cruelle, dérangeante, convaincante, impressionnante d'un grand metteur en scène.

     

    Sortie en salles: le 21 octobre 2009

    Catégories : COMPETITION OFFICIELLE Lien permanent 0 commentaire Pin it! Imprimer
  • « Les Etreintes brisées » de Pedro Almodovar : critique du film, photos et vidéos de la projection cannoise en présence de l’équipe du film

    2009_0528billet0001.JPG
    etreintes.jpg

    2009_0520almodovar0031.JPGLorsque vous voyez un film dans l’effervescence du Grand Théâtre Lumière, dans l’euphorie cannoise, de surcroît à côté de l’équipe du film, votre avis est forcément vicié et imprégné de cette atmosphère excessive, c’est pourquoi j’ai tenu à retourner voir « Les Etreintes brisées » quelques jours après l’avoir vu sur la Croisette. Inutile de spécifier à quel point c’est étrange de voir un film dans une salle quasiment vide, qui ne réagit donc pas,  après l’avoir vu quelques jours auparavant en présence de l’équipe du film avec un public particulièrement réactif. Alors ? Alors, même loin de l’agitation cannoise, certes « Les Etreintes brisées » n’est pas le film le plus fou, le plus extravagant, le plus délirant de Pedro Almodovar mais il n’en demeure pas moins remarquable à de nombreux points de vue… et l’un de ses meilleurs films, peut-être même le plus maîtrisé. En tout cas, l’un de mes favoris de cette compétition cannoise 2009 avec, notamment « Inglourious Basterds » de Quentin Tarantino (que Pedro Almodovar, en cinéphile, est d’ailleurs allé voir en séance du lendemain).

     

    Synopsis : Il y a 14 ans, dans un violent accident de voiture dans l’île de Lanzarote, un homme (Lluis Homar) a perdu la vue mais aussi la femme de sa vie, Lena (Penelope Cruz). Sa vie se partage alors en deux parties à l’image de ses deux noms : Harry Caine, pseudonyme ludique sous lequel il signe ses travaux littéraires, ses récits et scénarios ; et Mateo Blanco, qui est son 2009_0520almodovar0032.JPGnom de baptême sous lequel il vit et signe les films qu’il réalise. Après l’accident, il n’est alors plus que son pseudonyme : Harry Caine. Dans la mesure où il ne peut plus faire de films, il s’impose de survivre avec l’idée que Mateo Blanco est mort à Lanzarote aux côtés de Lena.

     

    Pedro Almodovar, habitué de la Croisette et de la compétition cannoise (juré en 1992, en compétition pour « Tout sur ma mère » en 1999- prix de la mise en scène -, pour « La mauvaise éducation » en 2004 –présenté hors compétition- ; pour « Volver » en 2006 –prix du scénario et d’interprétation collectif-) est, cette année reparti bredouille pour un film dont la mise en scène d’une impressionnante beauté et maîtrise,  le scénario impeccable et l’interprétation remarquable de Penelope Cruz auraient pourtant pu lui permettre de figurer au palmarès, à ces différents titres.

     

    2009_0520almodovar0034.JPGAussi invraisemblable que cela puisse paraître certains cinéastes ne sont pas des cinéphiles (j’aurais bien des exemples mais je m’abstiendrai) mais au même titre que Picasso maîtrisait parfaitement l’histoire de la peinture, condition sine qua non au renouvellement de son art, il me semble qu’un cinéaste se doit de connaître et d’être imprégné de l’histoire du cinéma, comme Pedro Almodovar qui, dans ce film, en plus de témoigner de sa cinéphilie livre une véritable déclaration d’amour au cinéma (il rend notamment hommage à Hitchcock, Antonioni, Malle, Rossellini… ).  Et à Penelope Cruz qu’il sublime comme jamais, en femme fatale, brisée et forte, à la fois Marylin Monroe, lumineuse et mélancolique, et Audrey Hepburn, gracile et déterminée.

     

    « Les Etreintes brisées » est un film labyrinthique d’une grande richesse : un film sur l’amour fou, le cinéma, la fatalité, la jalousie, la trahison, la passion, l’art. Un film dans lequel,  à l’image du festival de Cannes, cinéma et réalité se répondent, s’imbriquent, se confondent.

     

    La mise en abyme, à l’image de tout ce film, est double : il y a d’une part le film que réalise Harry Caine mais aussi le making of de son film.  Harry Caine est lui-même double puisque c’est le pseudonyme de Mateo Blanco. Il meurt doublement : il perd la vue, la cécité étant la mort pour un cinéaste ; il perd la femme qu’il aime, une étreinte brisée qui représente la mort pour l’homme amoureux qu’il est aussi. Un film morcelé à l’image de ces photos en mille morceaux de Lena, d’une beauté tragique.

     

    Et puis que dire de la réalisation… Flamboyante comme ce rouge immédiatement reconnaissable comme celui d’un film de Pedro Almodovar.  D’un graphique époustouflant comme ce film que Mateo Blanco réalise. Sensuelle comme ces mains qui caressent langoureusement une image à jamais évanouie. Son scénario joue avec les temporalités et les genres (film noir, comédie, thriller, drame) avec une apparente facilité admirable.

     

    Peut-être la gravité mélancolique a-t-elle désarçonnée les aficionados du cinéaste qui n’en oublie pourtant pas pour autant sa folie jubilatoire comme dans ce film dans le film « Filles et valises », hommage irrésistible à « Femmes au bord de la crise de nerfs ».

     

    Un film gigogne d’une narration à la fois complexe et limpide, romantique et cruel, qui porte la poésie langoureuse, la beauté mélancolique et fragile de son titre, un film qui nous emporte dans ses méandres passionnées, un film pour les amoureux, du cinéma. Un film qui a la beauté, fatale et languissante, d’un amour brisé en plein vol… Un film qui a la gravité sensuelle de la voix de Jeanne Moreau, la beauté incandescente d’une étreinte éternelle comme  dans « Voyage en Italie » de Rossellini, la tristesse lancinante de Romy Schneider auxquels il se réfère.

     

    Penelope Cruz, d’une mélancolie resplendissante, pour cette quatrième collaboration,  aurait de nouveau mérité le prix d’interprétation et sa prestation (mais aussi celles de tous ses acteurs et surtout actrices auxquels il rend ici hommage, parfois juste le temps d’une scène comme pour Rossy de Palma)  prouve à nouveau quel directeur d’acteurs est Pedro Almodovar qui sait aussi, en un plan, nous embraser et embrasser dans son univers, immédiatement identifiable, la marque, rare, des grands cinéastes.

     

    Un film empreint de dualité sur l’amour fou par un (et pour les) amoureux fous du cinéma… le cinéma qui survit à la mort, à l’aveuglement, qui sublime l’existence et la mort, le cinéma qui reconstitue les étreintes brisées, le cinéma paré de toutes les vertus. Même celle de l’immortalité… Un film par lequel je vous recommande vivement de vous laisser charmer et enlacer…

     

     

     

     

     

     

     

    pedro et penelope.jpg

     

    Sandra.M

     

     

    Catégories : COMPETITION OFFICIELLE Lien permanent 0 commentaire Pin it! Imprimer